(FR)
Mon travail est une offensive. Il s’agit de démanteler les mécanismes de domination et d’extraction en détournant la matérialité du soin : le savon devient artillerie, les plantes servent à tisser nos carapaces, et les costumes créés deviennent des « laissées », telles des traces animales que nous pouvons réactiver ou exposer comme des objets-sculptures, témoins du passage. Ici, le care n’est pas seulement un apaisement ; il est l’exposition de la violence systémique. Mon parcours est une réparation active : une quête d’autonomie et de collectif où l’économie de moyens sert une justice qui se déploie par nécessité.
Cette offensive trouve son terrain d’expérimentation dans le mouvement : marcher, courir, escalader, sauter, nager pour s’immerger dans des territoires transmutés. Le paysage n’est pas un décor ; c’est un champ d’expérimentation pour dialoguer avec le vivant et prendre soin du mort. In situ, mes gestes transforment les matériaux récoltés — plantes du littoral, sable, argiles ou roches — en formulations organiques directes ou prolongées. J’y transpose les gestes du soin domestique — laver, frotter, dissoudre — vers l’espace public et sauvage. Ce glissement est un acte politique qui déplace l’écologie du foyer vers une attention radicale portée au vivant.
Au cœur de cette démarche, la potasse de résidus organiques ou humains opère une alchimie nécessaire. Comme le compost, la cendre — ce qui semble souiller — révèle et lave. Un cycle de résistance. Cette esthétique de l’enduit, chargée d’un érotisme assumé, rejette les assignations de «blanche pureté». Ici, faire corps n’annule pas la commémoration ; l’engagement ne prime ni sur la forme figée ni sur les formes éphémères. Mes « des-laissées » émergent comme les traces d’un processus, à l’instar des matières dispersées qui regagnent le cycle vital. Au sein d’une ligue trans-sectionnelle, inter-raciale et transgénérationnelle, nous prenons conscience du corps, matière, os, sel ; elles et eux se métamorphosent. À l’écoute du vivant et du mort. Sans demander de permission : nous dansons.
(ENGL)
My work is an offensive. It involves dismantling the mechanisms of domination and extraction by subverting the materiality of care: soap becomes artillery, plants serve to weave our carapaces, and the costumes I create become ‘leavings’—vestiges like animal traces that we can reactivate or exhibit as object-sculptures, witnesses to the passage. Here, care is not merely a soothing balm; it is an exposure of systemic violence. My practice is an active reparation: a quest for autonomy and collectivity where an economy of means serves a justice that unfolds by necessity.
This offensive finds its testing ground in movement: walking, running, climbing, jumping, swimming, to immerse oneself in transmutated territories. The landscape is not a backdrop; it is a field of experimentation for engaging with the living and caring for the dead. In situ, my gestures transform collected materials—coastal plants, sand, clay, or rocks—into direct or prolonged organic formulations. I transpose the gestures of domestic care—washing, scrubbing, dissolving—into public and wild spaces. This shift is a political act that moves the ecology of the home toward a radical attention to the living.
At the heart of this approach, the potash of organic or human residues operates a necessary alchemy. Like compost, ash—what seems to soil—reveals and cleanses. A cycle of resistance. This aesthetics of the coating, charged with an overt eroticism, rejects the labels of ‘white purity.’ Here, embodying does not annul commemoration; commitment takes precedence over neither fixed form nor ephemeral forms. My ‘leavings’ emerge as the traces of a process, like scattered matter returning to the vital cycle. Within a trans-sectional, inter-racial, and transgenerational league, we become aware of the body, matter, bone, salt; they all metamorphose. Listening to the living and the dead. Without asking for permission: we dance.
Texte sur mon travail du verre, écrit en 2022 par Thomas Eller, commissaire du pavillon de la Mongolie à la Biennale de Venise 2026. »
(DE) Text on my glass work, written in 2022 by Thomas Eller, Curator of the Mongolian Pavilion at the 2026 Venice Biennale.